De tout à propos de la souffrance

février 14, 2007

Entre la souffrance et la personne : des idées de M. Calay essentielles à la gestion algonomique.

Filed under: Uncategorized — robertdaoust @ 12:57

Le 8 février dernier, je terminais dans ce blog un billet intitulé Ce que dit un habitué de la souffrance extrême avec une question à laquelle M. Calay a bien voulu répondre, et de magnifique façon. Je reprends ici la question et sa réponse.

Question pour l’auteur de ce texte, M. François Calay : qu’est-ce donc qui détermine la différence [devant la souffrance] entre l’écrasement négatif de soi et la transformation positive de soi? Est-ce un seuil qui se trouve dépassé dans la souffrance ou bien un ‘faire face’ à la hauteur duquel on n’atteint pas dans le soi? 

Bonjour Monsieur Daoust,

En réponse à votre question reprise dans votre blog, je dirais ceci :

Le problème consiste à ne pas se laisser envahir par sa douleur. Si celle-ci prend trop de place, elle va devenir psychiquement obsessionnelle et va augmenter physiquement, car les membres endoloris vont se crisper et donc faire encore plus mal. C’est un cercle vicieux qui amène à un état complet de désastre physique et de désespoir psychologique.

Je crois qu’il y a deux composantes au problème :

– la composante purement physique : lorsque je suis épuisé physiquement, je n’ai plus de force de réaction. Cela peut arriver suite à des efforts trop importants, des insomnies nocturnes, une mauvaise hygiène de vie, une maladie, etc.

– la composante psychologique : si je suis psychologiquement affaibli, je ne vois plus comment réagir, je suis submergé par l’idée de l’effort à faire, je n’ai pas de courage et pas d’issue non plus. Cela peut se produire à tout moment de la vie, personne n’est épargné par rapport à ce genre de choses .. 

Il y a donc une sorte de réaction qui est absolument nécessaire pour avoir le tonus minimum qui me maintient au dessus de la limite minimale.

Cette réaction peut provenir de deux origines :

– soit de l’intérieur de moi : je réagis par fierté personnelle, par besoin de valorisation, par résilience, par défi vis à vis de moi-même

– soit de l’extérieur : je réagis par amour de ma famille, de mon conjoint, de mes enfants, je choisis de vivre même avec souffrance, mais pour pouvoir exister parmi ceux que j’aime ou ceux qui me donnent une raison de vie

Le problème, c’est que lorsqu’un des éléments nécessaire à la réaction disparaît, par exemple lors d’une crise de couple, lors de difficultés avec les enfants, ou suite à des échecs professionnels (fierté), la réaction peut disparaître en même temps, et sil n’y a plus cette force de réaction, l’envahissement de la douleur peut alors se produire à nouveau.

Les personnes vivant suivant ce système sont comme des équilibristes permanents. Les cycles d’oscillation entre l’un et l’autre état peuvent varier, selon les individus et les circonstances, de plusieurs jours à plusieurs années. Moi personnellement j’ai des cycles d’environ 5 ans : 5 ans de tonus, de fureur de vivre,etc, suivis de 5 ans de découragement, de survie, d’envahissement de la douleur, puis un déclic se fait et je remonte dans la fureur de vivre pour les 5 ans qui suivent, et ainsi de suite.

Je crois aussi que l’on est écrasé par une souffrance à laquelle on n’a pas donné de signification, elle est encore plus difficile à supporter. Il y a donc là un travail psychologique ou spirituel à accomplir, qui allègera fortement la charge de souffrance que l’on porte.

Il existe aussi des techniques psycho-corporelles qui peuvent aider considérablement : ‘dialoguer’ avec ses organes douleureux, les caresser, se réconcilier avec eux, les aimer.

Enfin, il y a moyen de trouver beaucoup de réconfort dans des groupes de personnes qui ont la même maladie, les mêmes souffrances. Savoir qu’on n’est pas seul à souffrir, rencontrer d’autres personnes dans le même cas, cela change complètement la vision des choses et procure un immense soutien.

Voilà quelques idées, rassemblées depuis que vous m’avez posé la question. Vous pouvez les diffuser dans le blog à votre guise.

Bien amicalement.

François Calay, calay@spray.se

13/02/2007

février 9, 2007

Suicide et souffrance

Filed under: Uncategorized — robertdaoust @ 12:11

Dans le journal Le Devoir aujourd’hui : « Libre opinion: Et si le suicide n’était pas une option ?« . En voici des extraits.

« (…) Chaque jour au Québec, quatre personnes se suicident. C’est énorme! Nous pensons qu’une partie de la solution à ce problème est entre nos mains, nous les citoyens qui composons cette collectivité. Nous croyons qu’il est temps de dire à ceux qui souffrent et à tous ceux qui les entourent que le suicide n’est pas la réponse à leur souffrance. (…) les recherches sur le suicide nous apprennent qu’il y a équivoque, que cette quête de la mort exprime plutôt un désir profond d’arrêter de souffrir. Voilà l’essentiel! En s’enlevant la vie, la personne désire avant tout tuer sa souffrance. (…) Nous pensons qu’est venu le moment d’affirmer à ceux qui souffrent, à leur entourage et aux membres de notre collectivité que le suicide n’est pas une option. (…) Nous croyons fermement qu’il faut agir collectivement. N’attendons pas passivement que les gouvernements ou d’autres organisations éliminent seuls le problème du suicide. C’est une utopie! Comme citoyens, nous sommes tous responsables. Et nous devons agir. »

Très bien! Le suicide n’est pas la réponse à la souffrance. Mais c’est quoi, alors, la réponse à la souffrance? Oui, nous devons agir collectivement, mais simplement affirmer que la mort n’est pas un choix me semble une petite réponse négative qui est loin d’aller assez loin. Je suggère carrément que nous nous occupions tous de la souffrance, que nous fassions chacun notre part d’une manière rationnellement organisée, que nous inventions donc un cadre collectif d’activité ayant pour objet la souffrance elle-même, ce qu’on pourrait appeler une algonomie.

février 8, 2007

Ce que dit un habitué de la souffrance extrême

Filed under: Uncategorized — robertdaoust @ 11:47

http://www.calay.be/souffrance.php :

(…) Quand j’éprouve de la souffrance, que celle-ci soit d’origine physique, psychologique, affective ou spirituelle, ce qui souffre ce n’est pas mon corps, ni mon esprit, ni mon coeur, ni ma psyché pris isolément .
En réalité ni la douleur ni la souffrance n’existent, ce sont là des abstractions.

« Ce » qui souffre, c’est moi.

Ce qui est dramatique, c’est qu’en elle-même la souffrance n’a pas de sens. Elle a uniquement le sens que je lui donne dans ma façon de la vivre.
Un des sens de la souffrance, serait-ce de la traverser ?
Ne serait-ce pas aussi la souffrance qui casse mon orgueil et me rappelle que je ne suis pas invincible ?

Lorsque je souffre, deux possibilités s’offrent à moi :
– soit je me laisse écraser et même détruire par cette souffrance,
– soit je m’en sers comme tremplin pour passer à une nouvelle étape de croissance, physique, psychologique, affective ou spirituelle.

L’étymologie du mot « souffrance » est d’ailleurs très intéressante :
le mot souffrance vient de deux mots latins : le préfixe « sub » qui signifie « en dessous » et le verbe « ferre », qui signifie « porter ».
Le mot représente donc l’image d’un support, qui porte tout ce qui se trouve dessus.

Une chose importante, c’est d’accepter et d’accueillir ma souffrance (ne pas la nier ni vouloir la chasser), car c’est cela qui me donne le droit d’être soulagé.
Celle-ci peut alors devenir féconde, elle devient sensibilité à la vie, sensibilité aux autres, elle devient compassion.
Aussi curieux que cela paraisse, faire face à ma souffrance la transforme et peut me transformer.

Malheureusement, mon seuil de douleur physique est trop souvent dépassé. Survivre sans douleur est alors ma seule préoccupation.
On peut donc considérer dans ce cas que je suis ‘écrasé’ par ma souffrance.

Mais si la souffrance reste en-dessous de ce seuil, il peut se passer des choses étonnantes et très belles : je suis alors capable d’avoir un contact, une écoute, une ouverture vers autrui, une véritable compassion pour l’autre …

http://www.calay.be/souffrance.php

Question pour l’auteur de ce texte, M. François Calay : qu’est-ce donc qui détermine la différence entre l’écrasement négatif de soi et la transformation positive de soi? Est-ce un seuil qui se trouve dépassé dans la souffrance ou bien un ‘faire face’ à la hauteur duquel on n’atteint pas dans le soi?

Citation du jour

Filed under: Uncategorized — robertdaoust @ 10:27

Dans les coulisses du Prix de Lausanne en danse :”Va-de-l’avant et prends du plaisir! –Même dans cette souffrance extrême? –Oui, parce que c’est une noble souffrance!”

http://www.24heures.ch/vqhome/edition/ls/prix_de_lausanne_050207.edition=ls.html

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