De tout à propos de la souffrance

octobre 11, 2009

L’homme (sic) compassionnel

Classé dans : Uncategorized — robertdaoust @ 7:49

Le court livre de Myriam Revault d’Allonnes, L’homme compassionnel (2008), ressasse les thèmes de la compassion et de la pitié tel qu’ont pu le faire Rousseau ou Arendt. Le livre se base sur le fait que la souffrance serait devenue une préoccupation dominante dans nos sociétés. Il déplore que le langage de l’injustice collective ait cédé le pas à celui de la ’souffrance sociale’, ce qui ouvre la voie à un traitement compassionnel qui n’instruit pas politiquement la détresse individuelle et collective.

Le problème avec de telles vues pré-algonomiques est qu’elles ne prennent pas une mesure appropriée de ce qu’est la souffrance, qu’elles ne permettent pas de dépasser le sens perverti que prend la compassion ou la pitié dans la politique ou les médias. Elles subordonnent la compréhension de la souffrance et l’action sur elle à la philosophie ou à la politique, au lieu d’accorder d’abord à la souffrance l’approche exclusive, spécifique, universelle (le paradigme algonomique) qu’elle mérite. Si on comprenait cela, on verrait que loin de s’occuper de la souffrance autant qu’on le prétend sans cesse, nos sociétés s’en servent en fait aveuglément pour s’occuper de mille choses qui sont tout autres.

Un conseil est à retenir du livre de Myriam. La compassion personnelle est nécessaire à la politique, mais pas suffisante pour opérer le passage de l’affect à l’agir. Il faut donc aussi ”l’institution qui introduit l’élément du tiers, qui fait médiation et introduit la distance, qui déborde l’instantanéité pour inscrire l’action dans la durée et lui donner son sens.”  Cette institutionnalisation nécessaire de la compassion, c’est précisément cela l’algonomie, et c’est précisément cela qui fait encore et toujours si cruellement défaut à nos sociétés.

P.S. Autre problème terminologique, faute celui-là d’un paradigme féministe et masculiniste assez bien assimilé, les Français et les Françaises de France ne se sont pas encore rendu compte que l’homme ne peut plus désigner l’être humain sans exclure tendancieusement les femmes, les enfants, ainsi que les autres personnes qui ne s’appellent pas hommes généralement.

septembre 25, 2009

Sarkosy veut en priorité apaiser la souffrance

Classé dans : Uncategorized — robertdaoust @ 11:46

Nicolas Sarkosy dans son Discours à l’occasion de la 64ème Assemblée générale des Nations-Unies:

“Nous sommes en plein milieu d’une crise financière, économique, sociale sans précédent ; nous sommes à la veille d’une catastrophe écologique planétaire ; nous devons maintenant inventer un monde nouveau où les folies d’hier ne seront plus possibles. C’est la responsabilité qui nous incombe. Nous savons tous maintenant vers quelles catastrophes peut nous conduire notre obstination à essayer de régler les problèmes du XXIe siècle avec les instruments et les idées du XXe siècle. Désormais, plus un seul d’entre nous ne pourra prétendre qu’il ne savait pas. Il y a une prise de conscience universelle que la voie dans laquelle le monde était engagé depuis plusieurs décennies était sans issue. La prise de conscience est universelle. La voie dans laquelle le monde s’était engagé depuis plusieurs décennies, cette voie est une impasse. Cette prise de conscience se fait dans la peine, la souffrance et l’angoisse. Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat et de gouvernement, nous sommes comptables politiquement, moralement de cette souffrance accumulée sur la planète. Il y a des dizaines de millions d’hommes et de femmes qui ont perdu leur emploi, leur maison. Il y a un milliard d’êtres humains qui souffrent de la faim, des centaines de millions d’êtres humains qui n’ont pas accès à l’eau, à l’énergie, qui n’ont pas les soins médicaux minimum. A ces centaines de millions d’habitants de la planète, il nous appartient à nous, chefs d’Etat et de Gouvernement, et à personne d’autre de rendre l’espoir.”

Nicolas aime bien le thème de la souffrance. Il faut voir comment il l’a utilisé dans son Discours pour la France qui souffre, le 18 décembre 2006. Par exemple:

“Il y a des souffrances auxquelles la politique ne peut rien. Mais il y a des souffrances que la politique peut guérir parce qu’elle en est la cause. Apaiser ces souffrances, voilà ce que devrait être la priorité d’une politique qui ne serait pas une politique de renoncement.
Voilà ce que je veux !”

Nous sommes des millions à tenir ou applaudir ce genre de discours depuis des millénaires, et à créer de la souffrance quand ça fait notre affaire. Pour que la politique, tout comme la médecine ou la religion, puisse désormais s’occuper crédiblement de la souffrance, il faut une algonomie.

juillet 3, 2009

Lance Armstrong sur la souffrance.

Classé dans : Uncategorized — robertdaoust @ 8:54

À http://www.eurosport.fr/cyclisme/tour-de-france/2009/armstrong-je-suis-pret_sto1991129/story.shtml, dans une entrevue à propos du prochain Tour de France, on demande à Lance Armstrong: “Vous attendez-vous à souffrir pendant les trois prochaines semaines?” Il répond: “Vous souffrez toujours dans ce sport. En cyclisme, il y a toujours de la douleur et de la souffrance. C’est le sport le plus dur du monde. Vous ne pouvez le comparer avec aucune autre discipline. Alors, bien sûr que je vais souffrir. Normalement, si vous êtes au top de votre condition, c’est une forme de souffrance assez plaisante. Mais nous verrons bien…”

janvier 14, 2009

Parler algonomie est trop ardu, mais on y parviendra

Classé dans : Uncategorized — robertdaoust @ 10:11

Pour faire suite aux propos de Didier Moulinier rapportés dans l’article précédent…

En explorant sur internet l’usage du mot souffrance ou du mot douleur, on peut voir qu’il est rarement utilisé au sens large. La souffrance n’est pas ’ce qui est désagréable’ en général, elle est mentale plutôt que physique, humaine plutôt qu’animale, causée par l’ignorance ou le désir plutôt que par la nature, etc., etc., etc.  Je pense que la souffrance réelle n’a jamais jusqu’à présent été conceptualisée entièrement, jusqu’au bout, pour en faire un ’phénomène’ systématiquement connaissable en théorie et en pratique, ainsi que le fait l’algonomie. Parler de la souffrance dans le contexte, le cadre, le paradigme, l’univers du discours de l’algonomie, c’est très difficile pour les gens, voire impossible, ai-je cru remarquer. Mais on s’y habituera.

janvier 8, 2009

Non-poésie, non-philosophie, non-science de la souffrance

Classé dans : Uncategorized — robertdaoust @ 2:53

Le philosophe Didier Moulinier présentait le 29 décembre 2008 un article de blog intitulé Non-phénoménologie de la Souffrance. Il y montre comment la poésie, la philosophie et la science (aussi bien que le sens commun) passent à côté de la souffrance, ce qui, quant à moi, apporte une formidable justification à l’algonomie en tant que domaine d’intérêt propre à la souffrance, où l’on travaille sur sa ‘donation’ en fonction de sa réalité de ‘donné’. Les analyses de Moulinier sont savantes, mais elles reviennent à dire ce que la critique algonomique dénonce en termes plus naïfs : poésie, philosophie et science, comme tous les autres domaines de l’activité humaine sauf l’algonomie, utilisent la souffrance à leurs fins propres, pour en faire de beaux discours, de belles idées, de beaux cas, sans réel souci de s’occuper de la souffrance comme telle… Voici deux extraits du texte de Moulinier :

Il en va peut-être du destin de la souffrance de ne jamais être reçue comme telle par la science, la philosophie ou la poésie, sinon comme symptôme mondain faisant droit d’abord à sa donation par le langage (selon les trois modalités citées) plutôt qu’à sa réalité de donné. Sans compter le sens commun qui tient le domaine de l’affect pour irreprésentable et impensable, le livrant d’autant mieux au dictat de la pensée normalisée.

 

(…) travailler sur la donation en fonction du donné, revient à supposer que la souffrance est indivise comme vécu, et immanente plutôt qu’intérieure. De ce fait elle cesse d’être surévaluée, divinisée, refoulée, etc. Elle cesse surtout d’être une “fatalité” humaine (dont se repaissent les philosophies politiques), elle n’est que la conséquence d’un souffert qui, lui, n’est en rien philosophable, justement parce qu’il n’est qu’humain et réel.

janvier 7, 2009

La souffrance qui peut tuer

Classé dans : Uncategorized — robertdaoust @ 5:50

Un article de Nadia Ross dans Le Soleil de Québec du 3 janvier 2009, La souffrance qui peut tuer:

“La détresse psychologique est une blessure latente et quasi invisible. Quand elle ne s’extériorise pas, elle peut germer bien longtemps pour éclore en suicide ou, pire encore, en drame familial. C’est une des théories qui plane dans le petit quartier tranquille de Saguenay, où les corps de trois enfants et celui d’un homme ont été découverts sans vie hier. Les thèses sont multiples, et aucune conclusion ne sera formulée au hasard. Mais, le questionnement demeure : «Comment peut-on en arriver là?» Quand une personne vit une douleur très vive, elle peut perdre le contact avec la réalité. «Une personne qui est en détresse pense que sa douleur va toujours être là», explique Sylvie Nadeau, directrice du Centre de prévention du suicide de Québec. Et si la personne avait tué ses propres enfants? «Ceux qui se rendent là ont dans l’idée qu’ils sont dans un monde où il y a plein de souffrance et ils ne veulent pas laisser leurs enfants dans la douleur», note-t-elle. (…)”

novembre 21, 2008

Ados sadiques, Lourdes, souffrances psychiques

Classé dans : Uncategorized — robertdaoust @ 5:03

Étude – Voir souffrir les autres, un plaisir pour les ados agressifs.  Jean Decety et Benjamin Lahey, dans  le journal Biological Psychology, affirment que, d’après leur étude utilisant l’imagerie cérébrale, le réflexe normal de compassion pour des personnes éprouvant de la souffrance pourrait  être perturbé dans le cerveau de certains adolescents délinquants.

Lourdes et Fatima, deux lieux de spectacle très prisés de la papauté.  Paul Villach dénonce l’exploitation de la souffrance qui a lieu, d’après lui, à Lourdes et à Fatima. Des lecteurs commentent son article, et il répond aux commentaires.

La souffrance psychique.  Monique Schneider, psychanalyste, présente une conférence de 71 minutes sur la souffrance psychique, plus particulièrement dans ses rapports avec des notions comme la dissimulation, l’amnésie, l’éloignement, l’extinction, l’anesthésie, l’insonorisation, le déni, la délocalisation… 

Le blog Sur la souffrance, jumeau de celui-ci, a été fermé le 15 novembre dernier. Les anciens articles restent en ligne, mais les nouveaux articles qui auraient pu y figurer seront plutôt publiés ici même.

janvier 30, 2008

De la Shoah à l’algonomie

Classé dans : Uncategorized — robertdaoust @ 11:10

Natalie Zajde dans son article Guérir le syndrome du rescapé (Libération.fr, 2008-01-29): “(…) après la Shoah la souffrance psychologique ne sera jamais plus singulière, subjective, individuelle – elle vient de faire irruption dans le domaine public.”

Cette observation explique probablement une part du cheminement par lequel j’en suis venu, moi que ces visions d’apocalypse ont marqué comme tout le monde, à préconiser un nouveau domaine de travail, l’algonomie, qui a pour objet la connaissance et la gestion collectives de la souffrance.

décembre 30, 2007

Quelques pensées personnelles sur ‘la souffrance et les fins dernières’

Classé dans : Uncategorized — robertdaoust @ 4:27

(Version modifiée le 10 janvier 2008) 

L’algonomie aborde la souffrance, sa connaissance et sa gestion d’un point de vue neutre. Des algonomistes chrétiens, hindouistes ou athées, par exemple, peuvent s’entendre sur ce terrain neutre, mais leurs visions des choses n’en seront pas moins foncièrement différentes. Si nous voulons travailler ensemble dans le cadre de l’algonomie, nous devons adapter au mieux nos idées les unes aux autres, en reconnaissant nos points de convergence et de divergence.

Pour moi qui suis matérialiste, une souffrance est un phénomène psychique, et comme tout autre phénomène, c’est une matière-énergie dans l’espace-temps: nous pouvons apprendre à connaître et à contrôler ce phénomène. Le psychisme émerge des organismes biologiques, qui eux-mêmes émergent des molécules et des atomes. J’ignore quelle est la véritable nature du cosmos, d’où il vient et où il va. Cette ignorance est déplorable, elle est la source de toutes nos divergences d’opinion, mais elle incite aussi à apprendre et à ne présumer de rien. Ne sachant pas grand chose, il se peut que tout dépende de ma responsabilité, pour le meilleur ou pour le pire. Alors je m’efforce d’avoir une vision saine et assainissante de l’existence. J’accorde une importance suprême à ma (ou à la) conscience, non pas à ma conscience morale ou à ma conscience réfléchie, mais à ma conscience sensible, celle qui me fait sentir tout ce que je sens, celle qui constitue le phénomène psychique le plus fondamental de tous. Je crois que les êtres sentants, les humains, les primates, les mammifères, les vertébrés, et certains invertébrés, ont tous une conscience fondamentalement identique à la mienne. Seule cette conscience donne une valeur aux choses, une valeur souvent positive, mais parfois négative. La souffrance, qui comporte le plus souvent une valeur négative, mais parfois positive, joue un rôle clé dans la conscience. 

Je pense que la grande affaire dans l’existence est la destinée des êtres sentants ou de la conscience dans l’univers. Cette destinée a commencé sur terre depuis au moins quelques centaines de millions d’années, et elle a commencé aussi, probablement, dans d’autres parties du cosmos. Je pense que chaque individu sentant cherche à assurer sa survie, sa subsistance, sa sécurité et sa satisfaction (les quatre tâches en S de la conscience dans le cosmos). Ces objectifs ne sont pas toujours compatibles, c’est pourquoi la mort, la vie, la consommation, le travail, le plaisir, la souffrance, et toutes sortes de valeurs comme la connaissance, la vérité, la justice, la beauté, etc, sont en conflit. Parfois il faut qu’une chose prédomine, parfois c’en est une autre. Je crois que nous, les humains, en tant qu’avant-garde des êtres sentants sur la terre, nous avons maîtrisé techniquement les conditions de la survie, puis de la subsistance, et que notre présente tâche est de maîtriser les conditions de la sécurité. Si nous réussissons à assurer la sécurité de tous, nous pourrons par la suite poursuivre des surplus de satisfaction sous des formes innombrables durant des millions ou des milliards d’années, puis disparaître peut-être après beaucoup de contentement.

Je trouve que nous devrions nous organiser rationnellement et travailler ensemble en tant qu’êtres sentants pour que chaque individu passé, présent et à venir connaisse une destinée cosmique optimale. Je dis chaque individu ‘passé’ parce que je crois que la résurrection future est une possibilité technique. Et je dis ‘optimale’ parce qu’il se pourrait que le mieux qu’on puisse faire soit seulement d’abréger l’inacceptable.

La souffrance est pour moi l’élément clé du sort cosmique de chacun et de tous. D’abord, l’inacceptable est à éviter de toutes nos forces, et l’inacceptable survient à chaque fois qu’un individu souffre trop. Ce trop n’est pas définissable en soi car il dépend des circonstances et des individus concernés. Pour moi cependant, dans la perspective la plus générale possible, l’univers tout entier ne devrait pas exister si un seul être devait endurer une torture éternelle: si nous ne pouvions pas anéantir l’univers, il ne resterait plus alors qu’à persister dans un effort éternel obstiné pour sauver cet être. Dans une perspective plus immédiate, je pense que nous les humains sommes à un moment de l’histoire où pour la première fois les êtres sentants peuvent s’arracher aux horreurs de la souffrance excessive: nous pouvons faire de la terre un paradis si nous nous organisons rationnellement et travaillons ensemble à établir une sécurité adéquate pour tous les êtres sentants. Sans cela, sans assurer la sécurité de tous face à la souffrance, nous risquons que le désespoir détruise notre civilisation et que nous retournions tous pour des millions d’années aux affres de l’évolution lente des espèces. C’est pour cela, je crois, que l’algonomie est à présent nécessaire. Et aussi parce que, simplement, nous voulons tous avoir une belle vie sans trop de souffrance.

août 17, 2007

Trop de souffrance pour ne pas s’en occuper algonomiquement

Classé dans : Uncategorized — robertdaoust @ 6:18

Laurent Dingli dans son blog du 14 août dresse une liste accablante des souffrances que nous infligeons aux animaux. Cette liste me ramène à l’idée que le phénomène de la souffrance est beaucoup trop étendu et multiforme pour qu’on puisse espérer le comprendre et le maîtriser sans développer un domaine d’activité spécialement consacré à sa connaissance et à sa gestion, ce que je propose d’appeler une algonomie.

Laurent parle ainsi des animaux:

” (…) des êtres vivants que nous avons trop souvent l’ignorance et l’insensibilité de mépriser, des êtres que le droit assimile encore à des biens meubles, des êtres marchandises, instrumentalisés, maltraités aux quatre coins du globe. Dans son histoire, l’homme n’a même pas eu l’élégance et la générosité de rendre à l’animal le centième de ce que ce dernier lui avait apporté. Chiens d’avalanche ou sauveteurs en mer, compagnons de prisonniers, de personnes âgées ou d’enfants malades, ce sont les mêmes que nous abandonnons, par milliers, chaque année, attachés à des poteaux, sur le bord des routes, les oreilles parfois coupées, pour que l‘on ne puisse pas lire le numéro de tatouage et reconnaître ainsi le lâche qui les a abandonnés. Et ce sont les même que nous utilisons dans l’expérimentation animale pour améliorer nos cosmétiques… Avide, cruel et ingrat bipède ! Les animaux qui ont porté sur leur dos des générations d’hommes, les ont guidées, sauvées, habillées, nourries ; bêtes de traits, condamnées à vie, attachées à la meule, tournoyant sans fin pour moudre notre blé ou broyer nos olives ; bêtes de somme fouettées, harassées, bastonnées, aiguillonnées ; bêtes de foires, enchaînées, encagées, dressées, mutilées, pour le plaisir barbare de nos jeux du cirque, anciens et modernes, combats de coqs et de chiens, taureaux pour corridas, divertissement et traditions criminelles, bains sanglants des îles Féroé et Matanza de Sicile ; bêtes objets de nos superstition, de l’idolâtrie la plus fanatique à la diabolisation la plus effrénée, chats des Egyptiens momifiés avec leur maître ; chats noirs du Moyen Age, encloués aux portes des granges ou brûlés pour sorcellerie ; bêtes de guerre, dauphins ou chiens bardés d’explosifs, chevaux, mis en pièces par millions dans nos batailles absurdes, étalons dont les têtes et les membres étaient arrachés par la mitraille ou les boulets, haridelles éventrées à coup de baïonnettes ou gisant dans nos tranchées, animaux gelés de Stalingrad, chevaux abattus pour une patte cassée, quand la vie chosifiée ne nous était plus utile ; bête aussi de ventre et de mangeaille, oies et canards de France et d’ailleurs dont la vie se passe à être gavées, la panse massée pour que la purge pénètre vite et mieux ; chiens et chats, battus à mort en Chine pour être plus goûteux ; requins découpés à vif puis rejetés dans l’eau sans leur aileron, parce que l’équarrisseur veut aller plus vite et gagner davantage ; veaux arrachés à leur mère dès la naissance, pour passer leurs six mois de vie, seul, dans la cage exiguë des élevages industriels, à chercher le contact d’un autre être vivant, et surtout celui de leur mère, léchant pour cela désespérément les barreaux de leur infecte prison ; poulets égorgés à la chaîne pour nos fast-food, afin que des générations d’humains repus, et autres nouveaux obèses, aient l‘illusion d‘apaiser leur mal-être ou leur ennui ; vaches qu’on a rendu folles en les rendant cannibales, pour satisfaire notre monstrueuse avidité et notre matérialisme désenchanté ; volailles, entassées sans air, sans espace, sans lumière, poussins écrasés, piétinés, truies aux dents sciées, vaches à viande et vaches à lait, surexploitées avant d’être balancées en boucherie, animaux qui, s’ils sont malades de leur confinement, paieront cher notre propre faute en étant massacrés par millions, gazés dans des sacs, à la chaîne, de la même manière expéditive et froide avec laquelle on les avait destinés d‘abord à nos assiettes ; bêtes cobayes, torturées pour expérimenter les effets toxiques de nos rouges à lèvres et de nos pommades bronzantes ; bêtes médicaments, ours dont la bile est extraite à vif, toujours en Chine, avec une cruauté inouïe, corne de rhinocéros et vie de tigres pour vieux pénis qui bandent mou ; bêtes d’habillement, visons, martres, phoques du Canada assommés par millions, traînés par des pics à glace, puis écorchés sur place, pour draper la poule de luxe ou la mémère en vadrouille ; bêtes encore trop souvent transportées dans des conditions infâmes, crevant dans la chaleurs des camions et agonisants dans leurs propres excréments…”

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